Agir...

Aux Responsables des mouvements sociaux de jeunesse...

Je ne sais pas si je vais dire que "je loue" les initiatives qui sont menées. Mais je les respecte. Et mon avis est bien évidemment qu'il faut qu'elles continuent de se développer.


Mais plus profondément, je suis préoccupé par des questions plus essentielles. Le temps de demander et d'attendre qu'on nous donne tel ou tel autre résultat est bien assez révolu. Il faut deux types de choses maintenant :

- Les moyens de négocier pour les actions que la société civile a besoin de négocier. Très souvent, elle ne les a pas et ne peut brandir que l'épouvantail "voix du peuple" dont personne n'est dupe que cet épouvantail n'en sera que là. "le peuple" dont il est question, on sait très bien que si on passe outre les demandes de cette société civile, il s'en fout puisqu'il est loin de ces combats. Cent, 200 ou mille personnes sont loin de représenter tout le Cameroun et ceux avec qui nous voulons négocier le savent. Il faut trouver des arguments qui IMPOSENT aux autres de s'arrêter et d'écouter qui qu'ils soient.

- Les moyens de faire que les autres négocient. Et ca, c'est un défi plus grand. Il faut trouver les moyens de faire que le pouvoir change de côté et que la classe dirigeante n'ait pas d'autre choix que de négocier. Là aussi, les épouvantails ne servent à rien. L'argument la jeunesse représente plus de 70% de la population, donc nous sommes la force m'amuse. Parce que c'est depuis très très longtemps que les chiffres sont ainsi et que les choses n'ont pas changé. N'ayons donc pas l'illusion de penser que notre enthousiasme ou notre conviction va faire de cet argument une arme ultime pour nous mettre en position de force. Quelques coups de prébendes, et voilà nos "70% de la population" divisés, avec 95% d'entre eux entrain de nous demander au nom de quoi nous parlons à leur place alors que nous ne les connaissons même pas.


Notre première faiblesse est malheureusement que nous avons commencé à faire exactement comme les politiciens. Nous ne regardons plus rien au delà du bout de nos nez. Nos intérêts, associatifs et le plus souvent, personnels cachés derrière l'associatif, nous ont fermé les yeux et enfermé. Nous sommes entrain  de nous faire coincer dans des schémas d'actions sociales qui ne pourront avoir que les résultats qu'ils ont toujours eu depuis des décennies. Rien...Ou pour être plus objectif... des miettes.


Il faut en réalité que nous commencions par nous arrêter nous-mêmes avant de continuer à demander aux autres de s'arrêter.

S'arrêter pour interroger non pas le caractère pertinent, mais le caractère populaire de nos revendications. Ce que nous demandons...Est ce le fruit d'une mode internationale d'un réseau de société civile internationale qui nous a affecté...le fruit de notre réflexion qui a fini par nous charmer nous-même au point où nous en sommes convaincu à mort...ou le véritable fruit d'une expression populaire connue comme telle même si elle n'est pas clairement exprimée ? La pertinence est bonne. Mais la différence est que la pertinence de celui qui signe est toujours meilleure que celle de celui qui pense qu'on ne doit pas signer et qui n'a pas d'autres moyens que de penser ainsi. C'est le caractère populaire d'une pertinence qui change les pôles de pouvoir et décide souvent des signataires. Tant que celui qui n'a pas la signature n'apporte pas le sceau de ce caractère populaire, celui qui signe peut décider librement de ce qu'il signe ou pas.

S'arrêter pour interroger nos démarches. Les démarches sociales pour que les pôles de pouvoir restent en équilibre doivent s'appuyer sur deux choses : 1- Soit un lobbying bien ciblé qui permet que les actions officielles (pétitions, revendications, grèves, marches et autres), se fassent avec des victoires plus ou moins sûrement obtenues à l'avance et dans des manœuvres d'ombre bien menées. 2 - Soit des bruits forts dont on s'assure au préalable de l'éclat. Des bruits dont est sûr que même celui qui veut fermer ses oreilles va en entendre parler d'une manière qui est telle qu'il faut absolument arrêter ces bruits.

S'arrêter enfin...et peut-être surtout...pour interroger nos résultats. Qu'est ce que nous voulons vraiment. quand on s'engage dans un processus de bras de fer...il faut à l'avance avoir clair à l'esprit les trois niveaux de résultats que l'on veut. Le résultat maximum (l'ensemble de la revendication), le résultat qu'on va tout faire pour avoir (le résultat normal qu'on espère objectivement) et le résultat qu'à tout casser, il faut au moins qu'obn obtienne (le résultat pour lequel l'autre doit absolument se plier).

Interroger nos résultats, c'est prendre le soin de bien préparer nos combats.

Je m'adresse ici surtout à ceux qui pensent que la jeunesse camerounaise doit se préparer à prendre la relève. C'est UNE PREPARATION...une vraie..qu'il nous faut.

Bonne journée à tous

Paul Armand MENYE


Article ajouté le 2009-06-23 , consulté 38 fois

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